De ses pieds nus foulant la neige,
Le gueux s’en va, clopin, clopant, Sous ses haillons de sacripant, Loin
de tout abri qui protège. La nuit est froide, le temps clair,
Et tandis que sombre, il chemine, Sur son pauvre corps en ruine Tombent
les larmes de l’hiver.
Soudainement voici troublée La quiétude de la nuit. Ce sont les cloches de minuit Qui sonnent à toute volée
! Noël ! Noël ! Jésus
est né Pour la rédemption humaine, Plus d’esclavage ni de haine, Le Verbe Dieu s’est incarné
!
A cette mystique allégresse, Antithèse de ses douleurs, Le chemineau, les yeux en pleurs Sur ses genoux meurtris s’affaisse, Et de ses lèvres que la foi, Malgré le vent glacé,
desserre, Monte l’encens d’une prière Vers le trône du divin Roi.
« Petit Noël, la nuit est
froide Et je n’ai bourse ni logis, En le lieu triste où je gémis Viens et ranime mon corps roide, Je suis le gueux qu’ont repoussé Ceux pour qui la misère est
crime, Je suis l’éternelle victime Expiatoire du passé.
Fais, ô Noël, que j’entrevoie La douceur de vivre et permets Que je ne sois point à jamais Sevré de toute humaine joie. Viens, ô sublime justicier, Au misérable qui t’invite Malgré qu’il n’ait pour ta visite, Ni logis, ni feu, ni soulier. »
Le gueux se tait et sur la neige Étend ses membres engourdis, Cependant que du Paradis, Descend un lumineux cortège. C’est Noël, qui, tandis qu’il
dort Vient mettre à sa souffrance
trêve Et lui faire offrande en son rêve, Du Viatique de la Mort.